Compte rendu de la reconnaissance de terrain pour l'édition 2020

RECONNAISSANCES TERRAIN POUR LA 30ème ÉDITION DU RALLYE AÏCHA DES GAZELLES

Premier jour des recos : En fait, c’est un jour de transition pour presque la totalité de ceux de l’équipe qui étaient déjà présents sur le rallye Gazelles And Men. Il y a les historiques, qui ont déjà à leur actif dix recos au moins, comme Ludo, le chef, Moha notre indispensable, Val, ou presque dix, comme Serge, ceux qui sont déjà venus, Pascal, Jean-Pierre, Etienne, Fred, Bernard, et enfin quelques nouveaux (pour la vaisselle), Max, Antoine, Hamid. Pour nous donc, déjà ensemble au GAM depuis une semaine, les retrouvailles, c’est ok, la promiscuité conviviale et chaleureuse, c’est ok, la poussière, c’est ok ! Les deux qu’on attend encore, Papou et Thierry, seront là dans la nuit, cette année il y aura sept voitures, l’équipe s’est étoffée, trentième oblige, beaucoup plus de participantes, donc plus de parcours, et pour cet anniversaire, des surprises à inventer, tester, valider. Nous quittons à grandes accolades ceux qui montent à Marrakech, participants et orgas, et en route vers le départ du RAG, pour remettre l’horloge à J-1. Au passage dans les reliefs proches du bivouac qui se démonte à grande vitesse, les montagnes nous saluent, socles bruns jaunes aux sommets plats couverts d’ocre rouge comme par une nappe, argile teintée de fer dominant la plaine. Nous la parcourons du Sud au Nord le long des champs de roquette bordés de centaines de ruches Les gazelles ne les verront pas. Pas de roquette en fleur pour nourrir les abeilles en mars, les ruches seront parties. Après la longue et monotone route, nous chercherons quelque point de bivouac suffisant pour loger toutes nos concurrentes, calculant emplacement des lieux de couchage et de la cuisine et de la méca et du restaurant… sous l’oeil bienveillant de la sentinelle de pierre qui guette sur la montagne en forme de fort de Mech Irdane.

Deuxième premier jour des recos : Deuxième premier jour, parce qu’hier en partant, nous n’étions pas tous là, c’était encore une étape de liaison ; certes, nous avons reconnu des points de bivouac, mais nous n’avons pas sorti nos cartes et nos règles, pas posé de points, alors qu’aujourd’hui, aujourd’hui… Aujourd’hui, il faut déjà charger les voitures, répartir les caisses, interminable cérémonie d’échanges, de discussions, de rangements, avant d’attaquer, enfin ! au moins le prologue. Mais aujourd’hui, c’est aussi l’Aïd qui célèbre l’anniversaire du prophète, Merzouga en est silencieuse et presque vide et Moha nous accueille pour le traditionnel repas de fête. Quand même, on a travaillé un peu avant le festin, navigants, planches sur les genoux, ont écouté le dernier briefing du chef, noté leurs points et les ont placés sur les cartes, comparant leurs positions, vérifiant leurs kilométrages théoriques. Et nous pouvons donc démarrer, pour vérifier le prologue, « planter les racines du rallye » comme dit Moha, poète officiel des recos. Sur ce prologue, il y aura du reg, des herbes à chameau, un tout petit peu de sable sous nos roues et les dunes, les grandes dunes en point de mire. Sur la route qui nous ramène au point prévu du bivouac, les roses et les bleus se mélangent dans le ciel au-dessus du reg brun et juste après notre arrivée, le soleil tombe en quelques minutes entre deux reliefs au loin, en illuminant le ciel…

Troisième premier jour des recos : Troisième premier jour des recos, parce qu’aujourd’hui, c’est le premier réveil de notre petit bivouac dans le désert, rien à voir avec le fourmillement industrieux du bivouac du RAG, gazelles et orgas qui se croisent à pas rapides et s’agitent dans la nuit finissante et à peine fraîche ; ici, pendant les recos, le froid est encore bien là quand nous sortons de nos tentes dans la nuit silencieuse, et seul le tintement des gamelles où chauffe le café de Papou trouble l’heure matutinale. Quoiqu’en ce premier jour, les bizuths font du zèle, impatients, et lancent le chant des fermetures éclairs bien avant l’heure, nous en serons sur le pied de guerre avant le jour ! Quand notre petit convoi s’ébranle, la brume enveloppe tous les reliefs, et nous avons tous une pensée émue et compatissante pour toutes celles en mars dont le seul outil en dehors de la boussole sera le repérage des reliefs au loin, exercice illusoire ce matin… Après la séance de dictée, on passe à la lecture des cartes, on discute avec nos pilotes, « est ce qu’on y va tout droit d’un coup, ou est-ce qu’en décapant à peine pour éviter les reliefs inquiétants sur cette longue partie entre le CP2 et le CP3, on ne gagnerait pas du temps sans perdre vraiment de kilomètres ? » Sur la route, nous redécouvrons les montagnes aux crêtes abruptes brun jaunes à peine teintées de quartz rose et entre les mamelons arrondis de leurs sommets, insolite, un champignon minéral isolé est posé, pour encore combien de temps ? La visibilité s’améliore un peu, la radio émet en continu, « Tu le vois, le tajine à droite, sur la carte, toi ? », la route défile, la palmeraie immense est grise de poussière et de brume, les chèvres se regroupent sur les maigres bouquets d’acacia du bord de route et les vêtements sèchent sur les arbres poussiéreux. Nous nous séparons dès la route quittée, pour entamer notre étape du jour, ordre de ne pas trop dissimuler les drapeaux, parfois nous nous croisons, pour un café ou juste un mot à la radio, parfois le téléphone passe au milieu de nulle part, un plaisir que n’auront pas les gazelles, un coup de fil d’Éric, des nouvelles de Jacky et un sms de Jean, nos absents de cette reco. Pendant ce temps, le vent balaie les herbes d’un vert phosphorescent qui borde l’oued somptueux dans lequel nous sommes descendus : nous avons choisi cette splendide voie de navigation pour le trajet entre nos avant derniers CPs dans cette zone. Parce que la visibilité médiocre ne nous offre guère de point de visée au loin alors que les oueds sont sur la carte. Parce que le terrain est difficile sur les plateaux alentour. Parce que les slaloms entre les herbes à chameau consomment des kilomètres. Parce-que le terrain est si roulant ici, sous la pellicule de sable soulevée par le vent … d’autant que le ciel se couvre vite ! Alors autant assurer. Bivouac dans les dunes basses proches du point de bivouac prévu, la lune est presque pleine, elle illumine notre campement et masque les étoiles, nous attendrons la semaine prochaine et le froid promis pour les admirer.

Premier deuxième jour des recos : Ou quatrième premier jour ? Nous perdons vite la notion des jours, de la semaine, du mois, nous comptons en étapes bouclées, et nous travaillons parfois dans le désordre, étape 1 des électriques faite le jour de la préparation de la 2 des 4x4 et le lendemain de la pose des points de la 3 pour tout le monde, youyou tout le monde suit ? Et les gazelles ne le savent pas encore, mais ce sera pire pour elles, la seule mesure utile pour les équipages en mars est la balise, une de plus de moins, jour après jour, comme s’il n’y avait pas eu de vie avant et rien de prévu après, et pas de dimanche et rien d’important à part ça. Ce matin, il ne fait pas encore froid et nous partons pour une très très prometteuse, inhabituelle et inespérée étape, le chef dicte les points, on pose sur la table du petit déjeuner, ambiance appliquée et studieuse. Mais la brume d’hier nous poursuit, noyant les dunettes, les acacias et les dromadaires dans un halo extraordinaire, Je prends des photos de reliefs que les gazelles voient en cours de navigation et on se promet avec Serge de leur projeter en cours pour leur faire mesurer la difficulté de ce qui les attend parfois et l’importance de disposer d’autres méthodes pour se guider. Et surtout nous nous désolons en coeur à l’idée de tout ce que nous ne pourrons pas voir dans ce coin magnifique où se déroule l’étape, ceux d’entre nous qui connaissent cet endroit s’en désespèrent. En guise de consolation, Fred fait chauffer la cafetière aux points de croisement de nos caps. Et à défaut de prendre des photos d’horizons splendides que nous attendrons d’immortaliser en Mars, nous déterrons des cailloux, ici ils sont tous uniformément noirs, couverts d’une très fine couche d’enduit, vernis par un dépôt très ancien d’oxyde de fer et de manganèse qui date de l’époque où les pluies ici n’étaient pas rares. La plaine en paraît un peu désolée, mais de là se détachent des amas de roches aux contours torturés, parfois flanqués d’acacias splendides, ou des garas immenses et majestueux, ou parfois des dunes sur lesquelles semblent tombés du ciel des piles de carreaux de roche noire … Le chef autorise aux voitures de petits détours par les CP d’autres équipes, histoire de voir la plaine immense marbrée d’oueds au fond de sable vert sous le soleil, et maintenant que la brume s’est enfin partiellement levée, nous en profitons pour choisir nos points de surveillance pour le rallye ! Et le soir, intendance oblige, halte à l’auberge, le confessionnal se tient sur la terrasse d’une chambre, c’est là que nous amenons chaque soir à Serge tous nos points de la journée, les remarques pour les ouvreurs qui iront de nuit déposer drapeaux et pointeurs, les points de vue remarquables pour les pilotes presse, pour alimenter les listes de photos des équipages…

Premier troisième jour des recos : Aujourd’hui, pas de route pour tout le monde : exceptionnellement on reconfigure les voitures pour que Ludo, Serge, Max et moi restions à l’auberge, il y a du travail de bureau, de la paperasse, de la frappe… C’est que convertir les listes de points en ces feuilles de route couvertes de chiffres qui sont la première dimension de l’aventure des gazelles ne se fait pas sans réflexion, prise de tête, vérification des points, des distances, des temps, recopiage des coordonnées, et quand une vérification ou un complément s’impose, les voitures démarrent et s’égayent sur nos terrains de jeu des jours précédents pour ramener des infos ou de nouveaux points. L’ambiance est très studieuse, même si parfois, quand la liaison internet est incertaine, viennent se poser sur mon clavier quelques avions en papier dignes d’un contrôleur aérien… Il faut aussi à ceux qui roulent poser les parcours qui nous manquent, ceux des électriques, des catégories qui ne montent pas dans les dunes, ils reviennent en ordre dispersé, poussiéreux, un peu fatigués, nous sortons de nos tables et de nos sièges pour nous dégourdir les jambes et nous étirer, et on replonge. Il faut avoir fini ce soir, les étapes déjà bouclées et la préparation de celles à venir, et le compte rendu de nos quelques premiers jours de recos … Ce soir, repas léger après l’inoubliable et sublime salade d’aubergine zaalouk que nous a concoctée Fatima, l’épouse de Moha. Demain matin, départ de nuit pour les dunes de l’Erg Chebbi.

Troisième jour, quatrième peut -être ? En tout cas, jour de dunes ! Le jour se lève, orange rouge sur les dunes de Merzouga, pendant que nous parcourons la route poussiéreuse jusqu’au point d’entrée dans les dunes, sous l’oeil bienveillant de la lune encore presque pleine à l’Ouest. Nous ferons la première partie du trajet en groupe, puis les équipes se répartissent sur les différents parcours, le point suivant est suivant d’un chott semé de puits et de quelques traces de civilisation (?) abandonnées, il y a beaucoup de végétations aux abords de ces puits donc cette année sans doute beaucoup d’eau sous ces dunes, on dirait presque des joncs, qui se balancent mollement à notre passage. Ensuite, nous parvenons à trouver des voies de passage, quasiment des pistes, et nous serpentons entre les dunes de couleurs variées, qui vont d’un beige clair à un orange lumineux pour celle des vallées, et comme chaque année nous nous émerveillons du courage et de la volonté des gazelles inexpérimentées qui s’attaquent à ces paysages grandioses et effrayants pour les novices. A la pause, deux moula-moula, ces petits oiseaux noirs et blancs curieux et vifs, viennent inspecter la voiture, dedans dehors, roue de secours. Et nous finissons par nous rejoindre, pour fêter dignement la première traversée de l’Erg Chebbi pour Antoine, avant de finir le fastidieux travail de montage de l’étape, mais aussi de procéder au montage … d’un de nos véhicules sur le plateau de la dépanneuse, son odyssée vers Zagora ne se fera pas sans péripéties à la marocaine, changement de camion inopiné en cours de route, montage démontage remontage re démontage re remontage, nous ne sommes pas plus que les gazelles à l’abri d’ennuis mécaniques et nous n’avons pas avec nous la valeureuse équipe de la méca pour dépanner sur site ! Pendant ce temps, nous avons trouvé la mascotte des recos, Muchu, soigné nourri adopté ! En parlant de manger, c’est Papou qui s’y colle une nouvelle fois … le chef du barbecue à la maison comme chez Moha …

Le jour d ‘après Il faut se lever tôt et ranger, plier, repartir : ma voiture et mon pilote sont à Zagora, je vais donc prendre place à l’arrière d’un autre véhicule, pour une étape « à la gazelle », pas de GPS, on a les mêmes cartes qu’elles, un compas embarqué et un compteur kilométrique. Eh bien je le dis, parole d’ancienne gazelle, certains des orgas mériteraient d’être rebaptisés, Nadine et Claudine par exemple ? Parce-que ça navigue au cap, à l ‘estime, ça prend du temps pour scruter l’horizon, calculer les reports de cap, et ça roule droit, droit et que droit. Et ça marche !! On s’arrête souvent pour essayer de repérer les reliefs, c’est un jeu parfois décevant, par exemple cette colline là avec sa raie de sable parfaitement alignée, on dirait la mèche d’un présentateur télé des années 90, elle n’y est pas sur la carte … Et tous ces cônes de pierres lisses ou de roche noires, non plus, mais quand même on se repère aux longues plaines rectilignes allonges entre deux chaînes de reliefs, on prend des caps pour identifier ce petit triangle avec un point au milieu, c’est cette dent noire qui dépasse, non ? Alors on sait où on est où on va, et on y va ! Une fois trouvé l’emplacement de ce CP, niché là dans la vallée qu’on voit si bien sur la carte, pas trop caché quand même, le parcours nous emmène dans une immense plaine aux contours presque entièrement noyés dans la brume, désespoir de gazelles, pas de repères… Alors, au cap, on longe un immense plateau dont les flancs s’ornent de plis de sable ondoyant comme une très large robe délicatement brodée par endroit de cailloux noirs et de touffes d’herbes sèches. Le bivouac du soir est atteint un peu tard, nuit tombante, le temps de regrouper tous les équipages, tout le monde a trouvé l’étape passionnante, difficile mais aucun de nous n’a de doute quant à la valeur des gazelles de la trentième.

Je ne sais plus combientième jour mais 16 novembre Il fait froid ce matin, et c’est après une nuit venteuse que nous prendrons un départ glacé. Mais quel soleil resplendissant, et surtout quel paysage ! Hier il faisait trop sombre mais ce matin, on a le souffle coupé par le spectacle autour de nous : une plaine large, arborée, toute bordée de reliefs splendides (et reconnaissables sur la carte ce qui ne gâche pas notre plaisir!), de tajines découpés dans la falaise en plateaux aux sommets bordés d’une frange de roches blondies par le soleil levant, à des plateaux inclinés de roches noires, comme si un géant endormi s’était soudain retourné dans son sommeil en soulevant un drap d’écorce terrestre retombée en désordre. Sur notre cap, il faudra traverser l’Oued Bou Kechba de sinistre réputation et pourtant ce matin, il est attendri, patient, fait de lit roulant aux bordures de tamaris perchés sur des dunettes. Nous croisons là des pyramides de granit et de quartz rose, des plateaux de basalte noirs, au pied desquels chemine un oued immense pleins d’acacias, pas une créature vivante à perte de vue, un fort parfois sur une crête, nos radios crachotent, nous sommes éparpillés loin les uns des autres, de ci de là un poteau indicateur ou une balise en avance sur son temps !? Les contrastes de couleur et de texture entre les montagnes, roses, bruns noirs, lisse, mat, caillouteux luisants, sont tellement frappants et tellement impossible à rendre en photo… Puis nous entamons la longue route vers Tagounite, par la dépression de Tafenna, on croit toujours que la poussière que nous soulevons dans ce désert minéral marquera longtemps notre passage , à la voir stagner derrière les voitures qui nous précèdent, mais si l’on se retourne avant d’attaquer la montée qui nous permettra de quitter ce cirque clos, on se rend compte que notre passage est déjà oublié et que la montagne a repris son aspect immuable et minéral. Ce soir nous dormirons au bivouac de Mhamid.

Jour suivant Quand on fait partie de l ‘organisation depuis longtemps et qu’on vient ici souvent, on a parfois le sentiment de connaître chaque caillou, chaque oued, même si on sait que parfois un paysage nous paraîtra neuf que nous n’avions vu que de nuit par exemple ou sous une autre lumière. Malgré tout, on se prend parfois à rêver de naviguer dans un terrain inconnu, à souhaiter passer au travers de dunes indemnes de toutes traces, on s’imagine découvrir de nouvelles images, d’autres montagnes, comme à se réenchanter de réminiscences de vies antérieures… On franchirait par exemple un oued brumeux, pour se retrouver dans une mer de petites dunes séparées par de courts regs de terre brune semés de dizaines de petits galets multicolores. On y verrait quatre petits acacias grimper courageusement à l’assaut d’une dune un peu plus haute que les autres, on y croiserait d’immenses arbres au tronc inexplicablement et parfaitement rectiligne, qui s’élèveraient isolés dans un reg immense, on verrait apparaître lentement à l’horizon une tour de Babel de pierre ocre inclinée, aux escaliers en spirale qui monteraient en quelques tours à un sommet en forme de mamelon noir penché, dirigé vers le ciel comme un télescope géant. Comme dans tous les rêves, on y passerait peut-être quelques instants moins heureux, sur un terrain aride de petits monticules durs plantés d’arbrisseaux desséchés, ou planté dans une crevasse … mais il suffirait alors de lever les yeux là-bas au fond sur les galeries de montagnes proches, comme une salle de bal emplie de robes chatoyantes, débutantes parées de soie grège moirée brodée de perles noires, serrées en un petit groupe au milieu d’un aréopage de veuves sévères en costumes empesés d’ottoman noir mat, couronnées de diadèmes de roches de jais scintillantes, pour être consolés.

Lundi, premier jour de la semaine Après ce week-end de repos bien mérité (sic), on y retourne, et c’est le cas de le dire, parce que le parcours d’hier était trop long ou trop difficile à équilibrer, en tout cas, le chef est formel, on la refait ! Et pourtant c’est jour de misère, vent de sable léger mais suffisant pour réduire la visibilité à deux ou trois kilomètres, dans une zone techniquement compliquée pour les pilotes, autant dire que les équipages vont souffrir si la météo n’est pas plus clémente en Mars… Alors, certes, 5eme étape, les filles seront plus aguerries, mais fatiguées aussi, sans doute, et même pas forcement enclines à profiter du spectacle si l’horizon est dégagé. Et ce n’est toujours pas simple ce terrain de dunettes au sable mou … Alors, en dehors de retrouvailles obligées pour des coups de main, coups de pelle ou de sangle, nous passons beaucoup de temps à calculer, supputer, prévoir la visibilité des Cps, en imaginant toutes les stratégies qu’elles pourront mettre en oeuvre pour rester au cap ou corriger leur trajectoire. Penseront-elles à se retourner parfois ?? En attendant, nous profitons de ce retour sur le site connu pour récupérer le siège perdu hier par l’un d’entre nous à un passage un peu enthousiaste de dunette ! Après l’ouvrage des Maîtres cuisiniers, nous pourrons tous manger assis ce soir, et nous finirons au feu de bois, au bivouac de Mhamid, dans une fraîcheur supportable quand le vent tombe, avec un petit rhum arrangé pour accompagner les récits du jour et des recos et des rallyes précédents.

Mardi 19 novembre Trois équipes sont parties sur le terrain explorer les parcours des véhicules électriques et de notre côté, installés dans le bureau improvisé d’un salon de l’auberge, accroupis sur les divans bas, puisque nous avons le réseau, nous nous attelons au montage définitif des étapes dont les parcours ont été reconnus, vérification des distances, des points, évaluation des zones de bivouac pour les marathons. Le plus dur est de ne pas se laisser distraire par la vue sur le jardin qui s’ensoleille doucement et de ne pas dévorer toutes les cacahuètes qui accompagnent le thé. Et il faut rester concentrés parce qu’à presque 220 équipages, parvenir à l’équilibre est plus difficile… Et puis il faut préparer la dernière étape, souvent décisive, avec la fatigue grandissante des équipages et des véhicules, celle où se joue le classement, celle pendant laquelle se mêlent des sentiments contradictoires, entre soulagent de voir se profiler la fin de l’épreuve et envie que ça ne s’arrête pas, pas encore, pas alors qu’on s’aguerrit, qu’on progresse, qu’on sait pouvoir faire mieux demain, naviguer plus finement, piloter plus sûrement… Alors on déplie les cartes, on suppute, on essaie d’imaginer, et avant le départ, on se met en mode salle de classe, pour la distribution des points, le traçage des cartes, comme un avant-goût de ce à quoi ressemblera le restaurant du bivouac du RAG le matin… On aura juste le temps de poser un ou deux points chacun avant de devoir poser le camp, dans ce qui ressemble à un petit coin de savane, dunes entre les arbres, petite douche rapide dans le dernier rayon de soleil. Le soir, au coin du feu, il y aura des bananes flambées et des marshmallows grillés.

Avant avant dernier jour, je crois Ce jour au lever, le froid est piquant, le soleil encore trop lointain pour nous réchauffer, et pourtant le sable dans les dunettes est déjà traître, comme dit le chef… Aujourd’hui il y a la promesse des dunes de l’Erg Chegaga à l’horizon, mais entre elles et nous, il faudra franchir le terrain lunaire fait de barcanes de dunes basses entre lesquelles s’allongent des monticules de terre et de sable durcis, plus ou moins haut, plus ou moins resserrés mais toujours pénible à passer, même quand notre imagination divague et leur attribue la forme d’une tête de tortue ou y voit une fourmilière géante. Les péripéties s’enchaînent, pas toujours joyeuses, après la boite de vitesse, un amortisseur, qui rappelle s il en était besoin l’importance de ménager les véhicules pendant le rallye, il fait partie de l’équipage, sans lui, pas de CP, pas de rallye. Alors, pendant ce temps, puisqu’on ne peut pas monter dans le sable en abandonnant l’un d’entre nous en arrière, on fait les parcours hors dunes, y’a du caillou, piste hoquetante que l’on parcourt dans un sens puis dans l’autre, ordre et contre ordre, aller et venir c’est ce qui fait le sel de la vie, c’est ce qu’elle disait… De barcane en galère, de recherche infructueuse et frustrante en pause impatiente, on aura fini par trouver au moins un bivouac in extremis avant que la nuit ne tombe, on s’installe, on prépare le feu, sage ce soir, pas de grand récit, pas de marshmallow, peut-être un début de mélancolie du début de la fin des recos ? Mais le ciel est enfin sombre, Serge égrène le nom des étoiles et des planètes allumées.

Avant dernier jour Ce matin, le rangement du camp ne prend pas de temps, nous sommes en lisière de dunes et il faut y aller, plonger dans leurs crêtes arrondies et leurs marmites traîtresses, il ne fait pas très beau, il y a comme un papier calque posé sur les nuages effilés, la visibilité est médiocre mais le plaisir est là. Et c’est un florilège d’échanges à la radio, entre quelques detankages express à la sangle. « Là où les dromadaires passent, il y a un col » dit le Chef, et « Là où les dromadaires passent, il y a un puits aussi » … oui, au milieu des dunes, comme ça ! « Depuis que j’ai trouvé à quoi sert le bouton magique, ça marche à tous les coups », C’est vrai, Fred. « Encore 11 kms !!??? » gémit Antoine… « Attention, c’est un peu mou dans le trou… » et aussi « ça suit, Pascal ? » parce que Pascal ferme le cortège et qu’on s’occupe les uns des autres, qu’on se prévient des difficultés, qu’on s’assure que tout le monde suit, et que tout le monde s’éclate. Dans la traversée, on posera pour la photo traditionnelle de recos, en passant pas trop de dunes qui nous tiennent particulièrement à coeur. Et puis ce sont nos derniers tours de roues dans le sable, on s’est tous mis en ligne, à pinailler sur nos caps respectifs mais surtout personne ne voulait y aller en premier, alors finalement on est partis tous ensemble bien alignés sous l’oeil bienveillant de la caméra du chef… Pour la suite, les Mdaouer, le petit d’abord, repère toujours visible ici, et le grand, sur lequel nous montons à toute allure, mission de repérage avant la nuit qui nous oblige à ne pas lever le nez des cailloux et des cartes jusqu’à avoir tiré les caps, aligné les points, vérifié les coordonnées, mais quand même en repartant au cap, la gorge percée dans la falaise auréolée du rose du soleil de la fin de journée nous salue, et aussitôt passés les reliefs en dents de dinosaures, noirs sous les nuages à l’est, leur face ouest nous est offerte illuminée. Il ne nous faudra pas rouler longtemps pour retrouver les autres dans la plaine pour ce dernier bivouac, et tant mieux, nous arrivons juste à temps pour profiter du dernier coucher de soleil, il est toujours beau celui-là, pour nous rappeler de revenir je crois…

Dernier jour Dernier jour de reco, même s’il reste encore la route, l’hôtel, les aéroports, les ports, ça veut dire tri, rangement, répartition, pliage minutieux des affaires sales pour que le sac se ferme, de la tente pour la retrouver parfaitement pliée pour le RAG, ça veut dire regonflage en vue du goudron et, signe qui ne trompe pas, outre les cartes brûlées hier soir au plus gros feu de ces recos, ce matin les pilotes lavent leurs vitres… À 9h45, on quitte la piste, en route vers Marrakech où nous nous séparerons, qui son avion, qui le bateau ; la route est belle, le Maroc est beau…Vivement mars 2020. Valérie … Escortée par Pascal, Jean-Pierre, Papou, Hamid, Bernard, Thierry, Fred, Serge, Antoine, Etienne, Moha, Maxime et Ludo.